Il n'y a pas de formule magique

Championnat du Monde senior I standard, Kingston


Vacances, plage, farniente ?... Ce n'était pas au programme de notre été. En raison du championnat du Monde senior I standard placé au beau milieu du mois de septembre, pas question pour nous de faire relâche en juillet et août : entraînements, entraînements et encore entraînements les soirs et les week-ends, entrecoupés de quatre compétitions IDSF en Allemagne et Autriche, de cours en Italie auprès de Mirko Gozzoli & Alessia Betti, et d'un stage avec nos entraîneurs habituels Manfred & Anastasia Stiglitz. Avec ça, nous espérions bien avoir mis toutes les chances de notre côté et aborder ce championnat avec la meilleure préparation possible.
L'objectif était de se rapprocher de la finale du championnat au maximum. Atteindre la finale même n'était pas gagné : sur le papier, six couples seraient présents que nous n'avions encore jamais battus. Mais c'était notre troisième championnat du Monde, les deux années précédentes nous avions atteint la demi-finale et nous pensions avoir fait quelques progrès depuis, qui allaient peut-être se concrétiser cette fois !
C'est une équipe de France senior gonflée à bloc qui a donc débarqué à Kingston, Canada, par un beau soir de septembre. Avec Gilles & Sandrine Bourguet, couple compatriote, et Marc & Cathy Couderc qui nous accompagnaient et nous encadraient, nous étions bien décidés à montrer de quel bois les seniors français se chauffaient.
Le jeudi, lendemain de notre arrivée, nous avons pu donner le ton au cours d'un IDSF organisé dans la salle même du championnat : c'était pour nous l'occasion de tâter la piste et de nous y habituer, et aussi de rencontrer des couples inconnus, pour la plupart américains et canadiens. Malgré le décalage horaire et la fatigue du voyage, les deux couples français se sont retrouvés sur le podium : Gilles & Sandrine sur la troisième marche, nous sur la plus haute. Cette répétition grandeur nature nous a donc fait le plus grand bien, même si la plupart des couples participant au championnat n'étaient pas encore là.
Le vendredi, nous avons opté pour la détente totale : piscine et jacuzzi, balade en trolley dans la ville historique, emplettes et flâneries au bord du lac Ontario, et beaucoup de sommeil pour essayer de compenser le décalage horaire.

© photo : Thierry Besançon

Ambiance très différente et beaucoup plus internationale le samedi, avec la présence des couples seniors européens que nous connaissons maintenant pour la plupart, car nous sommes habitués à les rencontrer en IDSF (il règne d'ailleurs actuellement dans les rangs seniors à l'étranger une ambiance de camaraderie très agréable), mais aussi des couples russes, japonais, d'Afrique du Sud... qui ne sortent quasiment jamais et dont nous ne connaissions pas le niveau.
Passées les solennités d'usage – défilés des drapeaux, prestation de serments des athlètes et des juges –, la compétition s'est déroulée comme à l'accoutumée, sans pression excessive. à propos de pression, il est à noter que, dans les vestiaires de la compétition, l'usage du tan en spray était interdit : cette initiative des organisateurs a été unanimement appréciée et nous a permis de nous détendre mieux dans les vestiaires, sans craindre d'être asphyxiés ou de retrouver nos vêtements teintés de brun !
Juste après la demi-finale, un rugissement terrible s'est fait entendre dans l'enceinte de la salle : ce n'était pas un grizzli qui s'était frauduleusement introduit, c'était Pierre qui constatait, à l'affichage des numéros sur un panneau digital, que nous étions sélectionnés pour la finale ! Un autre couple allemand laissait aussi éclater sa joie. Nous étions les deux couples à créer la surprise, à la place du couple russe et du couple américain habitués des finales internationales que tout le monde attendait plus ou moins. Rien à dire sur les quatre autres couples retenus – deux Italiens, un Belge et un Allemand – qui méritaient amplement leur finale du fait de leur niveau incontestable.
Nous avons dansé ce dernier tour dans un état d'euphorie qui nous a donné des ailes et qui nous a même permis de récolter quelques marques de 1 bien inattendues. Notre 5e place au bout du compte nous a comblés d'aise ; à notre niveau actuel, nous ne pouvions guère espérer mieux et nous avons surtout la sensation d'avoir travaillé dans la bonne direction et donné le meilleur de nous-mêmes.

Reste désormais à consolider ce niveau, à prouver aux juges non seulement qu'ils ne se sont pas trompés, mais que nous pouvons faire encore mieux, avec un capital confiance qui a monté d'un cran.
Bravo à Slavek et Edna (Belgique), champions du Monde 2009, qui retrouvent leur titre après deux années d'éclipse, juste devant Stefano et Stefania (Italie), champions des deux années précédentes.
Gilles et Sandrine ont terminé à une très belle 18e place : le niveau en quart de finale était déjà élevé et les places y étaient chèrement disputées.

Pendant l'été, nous avions reçu de Doreen Freeman, une de nos anciennes enseignantes, grande dame de la danse aujourd'hui retirée, une lettre où elle nous prodiguait les avis suivants :
En tout temps, essayez de comprendre et de travailler sur les principes basiques, cela ne vous déçoit jamais. Là-dessus, vous pouvez ajouter les « ornements » qui viennent de vos deux personnalités. Mais mon plus grand conseil est le suivant : ne copiez JAMAIS. Soyez vous-mêmes, cherchez les ressources en vous. (...) Bonne chance à vous deux, vous avez trouvé votre chemin et cela se voit dans votre danse. Souvenez-vous que la connaissance, c'est le pouvoir ; il n'y a pas d'autre formule magique.
Sans doute, ce soir-là, à Kingston, un peu de l'esprit de Doreen était-il avec nous.

Pierre Payen & Isabelle Reyjal