Stage d'été


A notre arrivée à Cherbourg, nous avons été accueillis par l'équipe de bénévoles qui entoure Daniel et Cathy Avenel durant la semaine de stage qu'ils organisent chaque année. Daniel a ainsi pu nous présenter la formule du stage, un stage un peu particulier puisqu'il attire beaucoup de professeurs venus se former.

 

« Le stage existe depuis 9 ans. Certains professeurs sont là depuis le début comme Gilles & Myriam, des Fous du swing et Bernd Rossnagel, professeur allemand qui parle français, ex champion en Allemagne. Les autres professeurs ont changé. Bruno & Corinne viennent depuis 6 ans. Pour les autres cours, on a régulièrement changé pour avoir du renouveau et par rapport à la demande des stagiaires. L'optique était de créer un stage avec une bonne ambiance et une complicité avec les professeurs.

Le complexe nous permet de bénéficier de 4 salles au même endroit. La restauration aussi se passe au même endroit. C'est important pour les stagiaires de ne pas avoir à se déplacer.

On s'est donné une capacité d'inscription maximum de 180 stagiaires parce qu'après, les cours sont surchargés et ce n'est bon ni pour les stagiaires ni pour l'enseignement. Ici, plus de 50 % des stagiaires sont des enseignants qui interviennent en association, en écoles de danse, qui viennent pour se perfectionner, apprendre des nouveautés et être au point juste avant la rentrée. Les autres stagiaires viennent passer une semaine de danse, se perfectionner, se faire plaisir et peut-être découvrir la région. En ce sens, la ville de Cherbourg nous aide énormément et est très contente qu'on organise ce stage.


Photo: JL Guillaume

 

Beaucoup de stages ne sont ciblés que sur une seule discipline. Ici, c'est un stage multidanses qui permet de découvrir plusieurs styles de danse. Nous arrivons assez bien à fidéliser le public : cette année, nous avons 59 % « d'anciens ».

Nous avons tout un staff pour l'organisation, environ une quinzaine de personnes, dont le travail consiste surtout à contrôler les entrées des stagiaires dans les cours en fonction de leur inscription. Tout le staff danse et profite du stage pour prendre des cours. »

 

Le lendemain était une journée « découverte » au cours de laquelle les stagiaires avaient accès à tous les cours. En effet, dans la plupart des stages, les stagiaires choisissent de pratiquer un certain nombre d'heures par jour et, dans le cadre d'un stage multidanses, doivent choisir ceux auxquels il assistent. Pour nous, ce fut l'occasion de passer de salle en salle afin de rencontrer stagiaires, professeurs, bénévoles et de prendre la température.

C'est ainsi que j'ai d'abord discuté avec Patricia, un membre du staff enthousiaste et fidèle.

« C'est le 9 e stage et c'est la 9 e année que je suis membre du staff. Je suis très fidèle... Je suis sur Cherbourg, je fais partie de l'école de danse depuis 18 ans et mes liens avec Cathy et Daniel sont très forts. Pour le stage, je pose tous les ans une semaine de vacances non négociable à mon travail. Je suis membre du staff et je danse, car l'organisation permet de concilier les deux. On choisit d'abord ce qu'on veut faire comme danse et ensuite on adapte nos disponibilités pour aider. Dans la journée, je contrôle les entrées dans les salles de danse à certaines heures spécifiques et pour les soirées, je suis là pour préparer la salle, aider à l'organisation de l'animation. Tout le staff est toujours là pour aider donc tout se passe toujours rapidement et dans la bonne humeur. »


Photo: JL Guillaume

 

 

Dans les 4 salles du complexe Chantereyne, les stagiaires découvraient ou redécouvraient les professeurs, faisaient connaissance entre eux. Dans tout stage d'été, des rencontres se font, des amis viennent ensemble passer un bon moment.

 

 

Jean-Luc & Claudine et Laurent & Marie-Laure découvraient ainsi la formule du stage d'été.

« C'est notre premier stage. Pendant l'année, nous dansons les danses de salon, le rock et la country. Tous les quatre, nous sommes les animateurs d'une association. Venir ici nous apporte de la technique que l'on trouve en cours de danses latines et standard, et des chorégraphies, qu'on trouve aux cours de danses de salon. Nous avons choisi Cherbourg pour la qualité des cours, les professeurs que nous connaissons déjà un peu. L'ambiance est très bonne et l'organisation parfaite. Les soirées et les repas sont un plus. »

 

La convivialité est très importante pour un tel stage. Ce sont essentiellement les membres du staff et les enseignants qui permettent à une bonne ambiance de s'installer, mais aussi l'organisation de repas et de soirées dansantes qui permettent à tous de danser en toute décontraction.


Photo: JL Guillaume

 

Car pendant les cours, l'ambiance est certes conviviale mais studieuse. C'est ce que nous a expliqué Bernd Rossnagel, professeur de danses latines.

« Je suis un fidèle du stage de Cherbourg. Nous sommes au bord de la mer, l'ambiance est très familiale parce que beaucoup de professeurs et de stagiaires viennent depuis longtemps. C'est une chose que j'adore. Le reste de l'année, je donne des cours dans un club, à Pforzheim, pour des compétiteurs uniquement car en Allemagne, les cours de société et de compétition sont séparés.

Pour les stagiaires, ce stage permet de se concentrer sur la danse pendant une semaine. Dans la vie de tous les jours, on n'a pas la tête qu'à la danse puisqu'on travaille, on fait d'autres choses. Ici, on est focalisé sur la danse. Cela leur permet aussi de prendre par exemple des cours de latines et de salsa, car en latines américaines, il y a des influences de salsa ou de tango argentin. Donc c'est très bien pour un danseur de latines américaines de pouvoir prendre ces différents cours. Un stage comme celui-là permet de vraiment progresser. Le fait de venir depuis plusieurs années m'a permis de voir l'évolution de certains couples grâce au stage mais aussi au travail qu'ils ont fourni pendant l'année. »

 

Ainsi, pour Astrid, une stagiaire venue pour la première fois à Cherbourg, le stage est intensif.

« Plus je danse, plus j'ai envie de danser. Aujourd'hui, j'ai découvert le west coast swing et le lindy hop, j'ai bien aimé. J'ai découvert ce stage sur Internet. Je l'ai choisi car j'habite Rouen et que Cherbourg n'est pas trop loin, et je connaissais de nom Bruno Petit et Corinne ainsi qu'Olivier Massart. Ce qui m'a plu, c'est le niveau des enseignants et le fait qu'il y ait beaucoup de cours. J'ai choisi la formule 7 heures par jour avec bachata, danses latines et standard, lindy hop en débutant, rock avancé, salsa avancé et west coast swing débutant. Dans les cours, c'est sympa entre les danseurs et les enseignants. L'objectif, c'est la progression et aussi de pratiquer pendant l'été. Ça reste un loisir, un plaisir tout en apprenant. »


Photo: JL Guillaume

 

 

Mais pour bon nombre de participants de ce stage en particulier, il s'agit aussi de travail. Il en est ainsi pour Elise, enseignante à Rennes pendant l'année.

« J'enseigne les standard et les latines puisque j'ai des compétiteurs, le tango argentin, la salsa, le rock, toutes les danses à la mode (bachata, west coast swing), ce qui fait beaucoup de danses pour se former en tant que danseur et danseuse. L'été, je me consacre à ma formation continue grâce à des profs qui nous donnent des moyens pédagogiques avec des structures évolutives dans la danse, dans l'enseignement de la danse. On s'entend avec d'autres professionnels pour pouvoir se former dans les deux rôles, danseur et danseuse. Je ne vais pas systématiquement en niveau avancé parce que je suis professionnelle. Au contraire, ce qui m'intéresse, c'est l'évolution, les méthodes pédagogiques employées pour aller d'un niveau débutant à un niveau intermédiaire. C'est très intéressant de passer du statut de prof à celui de stagiaire car on est toujours obligé de se remettre en question sur des mouvements que l'on connaît, que l'on pense bien faire et qui méritent encore et toujours un travail approfondi. »


Photo: JL Guillaume

 

Le fait que les stagiaires viennent d'horizons différents et aient des demandes spécifiques est aussi une gageure pour les professeurs, comme le confirme Flabio Aguilera, professeur de tango argentin.

« C'est la troisième année que je viens à Cherbourg car c'est un lieu de rencontre où on côtoie d'autres danseurs, on prépare un peu l'année, et l'ambiance donne envie de revenir.

Mon adaptabilité doit être plus importante dans ce type de stage que dans les cours où je suis la formation des élèves. On pourrait diviser le public en deux groupes : ceux qui sont là pour travailler, se former, avoir du matériel pour retransmettre après et ceux qui viennent car la danse est leur passion et qui veulent passer un bon moment de vacances. On les reconnaît facilement. Les enseignants prennent des notes, filment, c'est une ambiance de travail. Les autres sont plus décontractés. C'est un peu difficile à gérer car on ne prendrait pas les cours de la même manière pour les deux. C'est une difficulté et une richesse à la fois car cela permet de rencontrer des gens de différents horizons.

Professionnellement, cela m'apporte énormément de contacts. La formation des professeurs est mon domaine. Les demandes, les questions des professeurs sont plus pointues, plus justes et nous obligent à nous remettre en cause ou à avoir des réponses plus satisfaisantes que celles apportées à des personnes qui sont là pour s'amuser. Cela nous oblige à clarifier nos discours. »


Photo: JL Guillaume

 

De fait, nous nous sommes demandé s'il n'était pas compliqué pour les professeurs et les stagiaires de voire cohabiter dans les mêmes cours deux types de public aussi différents. Myriam et Gilles, professeurs de lindy hop et de balboa, se sont penchés sur la question.

« Nous sommes les créateurs des Fous du swing que nous formons avec Serge & Christine. Nous venons depuis la toute première année ici car visiblement, ça se passe très bien avec les élèves. On est les profs les plus sympas (rires). On a de bonnes affinités avec les organisateurs, ça reste familial et on retrouve des gens depuis des années.

Ici, on prépare nos cours et ensuite on s'adapte en fonction des stagiaires. Pour les débutants en lindy par exemple, notre objectif est de les convaincre que c'est une danse ludique et qu'au bout d'une semaine, on peut s'amuser. Surtout que le lindy a une réputation de danse difficile, uniquement chorégraphiée avec un style particulier.

La présence de professeurs parmi les stagiaires nous demande de nous adapter aux demandes des professeurs. On est obligés d'être pointus dans nos directives, précis dans nos explications. Toutefois, on n'a pas une attitude différente entre un amateur et un professionnel car le professionnel est aussi censé comprendre plus vite que le stagiaire. Si une personne n'est pas à sa place dans le niveau choisi, c'est que l'horaire l'arrange ou qu'elle veut répéter une fois ce niveau pour être bien à l'aise. Si une personne assimile plus vite, on ne va pas forcément lui dire de passer au niveau supérieur car il y a des bases à acquérir pour cela. Si un ou deux couples ne suivent pas, nous ne ralentissons pas le niveau de cours pour ne pas tirer le niveau vers le bas : nous respectons le niveau. »


Photo: JL Guillaume

 

Toutefois, l'objectif de l'enseignement dans ce type de stage reste souvent le même.

« Quand on regarde dans les différents cours ce que les professeurs cherchent à apporter, nous ont confié Bruno et Corinne, professeurs de danse standard, ce sont toujours un peu les mêmes choses : savoir guider, savoir écouter la musique, savoir transmettre l'information, savoir se synchroniser et danser bien ensemble. Même si les danses sont différentes, on trouve ces éléments en commun à toutes les disciplines. »

 

Mais un stage d'été permet aussi aux professeurs de passer de bons moments : malgré le travail, les vacances et le plaisir ne sont pas loin. Flabio nous a ainsi livré son expérience :

« J'étais assez fermé par mon expérience de vie. En Argentine, le tango fait partie de notre culture mais tout ce qui est swing, danses de salon, etc. est très loin de nous et je les ai découverts en venant en Europe. Quand j'ai du temps entre deux cours, j'assiste à d'autres cours. Là, je vais au cours de salsa de Hubert. »

 

Hubert et Karine, les professeurs de salsa, ont une démarche similaire en associant un travail sérieux au plaisir de la découverte :

« Pendant l'année, nous donnons des cours à Paris dans plusieurs endroits. On y voit les élèves une fois ou deux par semaine. Ici, on voit les élèves tous les jours, les gens dansent beaucoup. Il y a aussi beaucoup de professeurs qui viennent se perfectionner alors qu'à Paris nous avons surtout un public d'amateurs. Pour nous, ce sont deux approches différentes. C'est bien de faire les deux. On essaie de donner le maximum en une semaine : on n'apprend pas vraiment aux gens à danser puisqu'ils savent danser même s'ils n'ont jamais fait de salsa. Et puis, on échange beaucoup. On a rencontré d'autres professeurs. On a appris le tango comme ça, d'ailleurs. Cela nous permet d'être élèves en même temps. Cela nous enrichit dans notre danse. Et on essaie de voir la pédagogie des professeurs pour évoluer aussi.

L'ambiance du stage est très conviviale donc on aime venir car on a un peu l'impression d'être en vacances. Comparé aux stages sur les week-ends, c'est beaucoup plus décontracté. »

 

Cette décontraction propre aux stages d'été permet aussi des échanges entre professeurs, comme nous l'ont dit Philippe et Nathalie, professeurs de bachata et de country :

« C'est très enrichissant pour nous. On rencontre d'autres professeurs, on se tient au courant de ce qu'ils font, on partage des problèmes qu'on peut rencontrer pendant l'année, on prend des avis. »

 

Au final, stagiaires, membres du staff et professeurs passent généralement un très bon stage autour d'une passion commune, la danse. Pour les stagiaires, les bénéfices d'un stage d'été sont souvent très importants comme nous l'ont confirmé Hubert et Karine :

« Chez les élèves amateurs, en fonction du niveau, on peut voir une réelle progression en une semaine. Le bénéfice est de danser tous les jours. On sent que le fait de reprendre dès le lendemain ce qui a été vu la veille installe plus vite des automatismes. »

 

Alors, n'hésitez plus à franchir le pas : les stages d'été, qu'ils soient multidanses ou non, à l'étranger ou en France, ne vous apporteront que du plaisir.

Magalie Guillaume